New Space : l’Europe spatiale face aux enjeux de souveraineté et de compétitivité
Accès autonome à l’espace, constellations, connectivité sécurisée et consolidation industrielle : le spatial européen connaît une transformation profonde face à une concurrence internationale accrue. Ariane 6, IRIS² et le projet de rapprochement des activités spatiales d’Airbus, Leonardo et Thales illustrent cette recherche de souveraineté et de compétitivité. Derrière ces programmes se jouent également des enjeux de métiers, de compétences et d’organisation industrielle.
Ariane 6 rétablit l’accès autonome européen à l’espace
Après plusieurs années de transition entre Ariane 5 et Ariane 6, l’Europe dispose à nouveau de ses propres capacités de lancement lourd. Ariane 6 a effectué son vol inaugural en juillet 2024 et sa montée en cadence s’est poursuivie en 2025 et 2026.
En juin 2026, une Ariane 6 équipée de quatre nouveaux propulseurs fondés sur le moteur P160C a placé 36 satellites Amazon Leo en orbite. En août, le lanceur européen a poursuivi ses missions avec le satellite météorologique MTG-I2. L’Agence spatiale européenne (ESA) présente Ariane 6 comme un élément essentiel de l’accès autonome de l’Europe à l’espace.
Cette autonomie ne règle cependant pas à elle seule la question de la compétitivité. Le marché mondial des lancements s’est profondément transformé avec le développement des constellations et des nouveaux acteurs privés. Pour l’Europe, l’enjeu consiste donc à conjuguer souveraineté d’accès, cadence industrielle, innovation et maîtrise des coûts.
Airbus, Leonardo et Thales préparent un nouvel acteur européen
La transformation concerne également l’industrie des satellites et des services spatiaux. Le 23 octobre 2025, Airbus, Leonardo et Thales ont signé un protocole d’accord visant à regrouper une partie importante de leurs activités spatiales au sein d'une nouvelle société.
Les chiffres annoncés donnent la mesure du projet : environ 25 000 salariés en Europe, un chiffre d’affaires annuel pro forma d’environ 6,5 milliards d’euros, et une répartition du capital de 35 % pour Airbus, 32,5 % pour Leonardo et 32,5 % pour Thales.
Le périmètre comprendrait notamment les activités Space Systems et Space Digital d’Airbus Defence and Space ainsi que différentes activités et participations spatiales de Leonardo et Thales. Les lanceurs sont exclus du projet.
La nouvelle entreprise pourrait devenir opérationnelle en 2027, sous réserve notamment des autorisations réglementaires et des autres conditions nécessaires à la réalisation de l’opération.
Pour les salariés, cette étape mérite une attention particulière : les trois groupes ont explicitement indiqué que leurs représentants du personnel seraient informés et consultés conformément aux législations et accords collectifs applicables. Au-delà de la structure capitalistique, les questions d’organisation, de localisation des activités, de coopération entre équipes, de parcours professionnels et de compétences seront donc des sujets importants à suivre.
IRIS², troisième grand programme spatial de l’Union européenne
L’autonomie européenne passe aussi par les infrastructures orbitales. Aux côtés de Galileo, pour la navigation par satellite, et de Copernicus, consacré notamment à l’observation de la Terre, l’Union européenne développe désormais IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite).
En décembre 2024, la Commission européenne a signé avec le consortium SpaceRISE une concession de douze ans pour développer et exploiter cette constellation multi-orbites. Le système doit comprendre 290 satellites et fournir des services de connectivité sécurisée aux autorités publiques, tout en proposant également des capacités commerciales. L’objectif annoncé est une mise à disposition des services à l’horizon 2030.
Airbus Defence and Space fait partie, avec notamment Thales Alenia Space, OHB et Telespazio, de l’équipe industrielle associée au consortium.
Derrière le New Space, une bataille de compétences
La compétition spatiale ne se joue plus uniquement sur les lanceurs ou les satellites. Logiciels embarqués, cybersécurité, intelligence artificielle, traitement des données, communications sécurisées, systèmes numériques et production en série prennent une importance croissante.
Cette transformation rapproche des compétences issues de différents secteurs de l’aéronautique, de la défense et du numérique. Elle pose donc une question industrielle très concrète : comment conserver les savoir-faire historiques tout en développant les qualifications nécessaires aux nouvelles architectures spatiales ?
Dans ce contexte, souveraineté technologique et politique de compétences deviennent étroitement liées. Les investissements dans les programmes européens ne concernent pas seulement les équipements : ils engagent également les métiers, la formation et la capacité de l’industrie européenne à maintenir durablement ses compétences critiques.
À retenir
- Ariane 6 a rétabli une capacité européenne autonome de lancement lourd et poursuit sa montée en puissance.
- Airbus, Leonardo et Thales préparent une société commune regroupant environ 25 000 salariés, avec un démarrage envisagé en 2027 sous réserve des autorisations nécessaires.
- IRIS² doit compléter Galileo et Copernicus avec une infrastructure européenne de connectivité sécurisée.
- La compétition du New Space renforce les besoins en logiciel, cybersécurité, données, systèmes numériques et intégration.
- Les transformations industrielles posent également des enjeux de compétences, de formation, d’organisation et de parcours professionnels.
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